Témoignage anonyme

J’ai souffert de troubles alimentaires pendant de nombreuses années.

Tout ce temps, j’ai eu à « reprendre du poids » à de multiples reprises.

Le mécanisme était toujours le même. J’étais à nouveau dénutrie, je me battais pour reprendre du poids, je baissais la garde ou j’avais du mal à l’accepter, je retrouvais mes mécanismes de restriction, et je reperdais du poids.

Mon poids ne définit pas mon état de santé

Contrairement aux idées reçues, le poids ne définit pas la guérison. On peut très bien avoir « un poids santé », c’est à dire « un imc dans la norme » (je déteste ces termes…!), et être complètement submergé par des pensées erronées, par un trouble alimentaire bien trop présent et par une souffrance accablante.

Sauf que lorsque mon poids n’est pas catastrophique, je ne sais pas si c’est mon trouble alimentaire qui veut qu’on le laisse tranquille, mais j’ai quoi qu’il en soit l’idée que je ne suis pas assez malade pour demander de l’aide.

Je n’ai pas « l’air » d’avoir un trouble alimentaire

Ce qui dessert la guérison, à mon sens, c’est que de nombreux médecins et diététiciens sont bien plus focalisés sur un chiffre sur la balance que sur la souffrance interne pour l’accepter.

A un poids « correct », on te fait sortir de l’hôpital, tes proches soufflent à nouveau, tout le monde pense que tout va mieux.

L’an dernier, j’ai suivi pour la première fois un vrai protocole de suivi pour me soigner de mon anorexie. J’ai connu ce qu’on lit sur les réseaux sociaux : la faim extrême, les pensées obsessionnelles pour la nourriture, les comportements compulsifs et restrictifs. Au début, j’ai pris du poids rapidement, et mes proches et médecins étaient ravis !

Bravo, tu guéris !

Et moi, je sentais que je m’enfonçais. Que mon état psychologique s’empirait. Et je n’osais rien dire. Je me sentais encore plus malsaine, puisque les médecins ne voulaient pas écouter ma souffrance.

Je ne pouvais donc pas être malade. Je ne pensais pas que je pouvais être anorexique si je ne ressemblais pas physiquement au « stéréotype ».

J’ai alors cherché. Cherché d’autres aides. Cherché des professionnels qui allaient accepter ma souffrance et mes difficultés. Et ne pas se focaliser que sur un chiffre, un IMC… Comble qu’ils te mettent une pression sur cet indice quand on te reproche d’être obsédé par ton poids… !!

Ecouter ses ressentis corporels plutôt que de se focaliser sur un chiffre

Attention, n’interprétez pas mal mes propos : BIEN SÛR QU’UNE PERSONNE DENUTRIE DOIT ABSOLUMENT ET SANS CONDITION RETROUVER UN POIDS CORRECT, c’est une question DE SURVIE !!!

Mais, il est essentiel de prendre conscience que ce poids dit « santé » ne garantit pas d’être guéri, et qu’il est essentiel de ne pas être dans le déni à ce sujet.

J’ai commencé ma guérison APRES avoir retrouvé un poids normal

Lorsque j’ai commencé mon nouveau suivi, avec ces professionnels de santé spécialisés en troubles alimentaires et prêts à se battre à mes côtés, j’ai enfin compris que mon poids et mon « allure » n’était en rien symboliques dans mon état de santé.

Là où je remercie sincèrement mes médecins, c’est qu’ils ont fait preuve de beaucoup de pédagogie.
Dès le départ, ils m’ont très clairement indiqué que ma guérison (parce que selon eux, bien sûr, j’allais guérir) se feraient en plusieurs étapes :

  • J’allais devoir prendre du poids. C’était une condition sine qua non à ma guérison, non négociable, ni avec eux, ni avec moi-même –> selon eux, contrairement à ce que je pensais, cette étape serait difficile et douloureuse, mais ce ne serait pas la plus compliquée.
  • J’allais devoir me réapproprier un corps « en formes », dans tous les sens du terme –> et là, ça allait se compliquer
  • J’allais devoir accepter d’aller bien et maintenir ce « bien » –> et là, on allait galérer

Et j’ai adoré leur franchise. J’ai aimé qu’ils se concertent (psy et diet) pour bien m’accompagner dans ma démarche. Je me suis enfin sentie soutenue et comprise.

Avec mon diététicien, on a alors établi un protocole. NON, on ne pesait aucun aliment. On a marché sur la confiance et il me pesait régulièrement. Quand je ne prenais pas de poids ou que j’en perdais, il l’écrivait sur ses notes à mon psy (j’ai eu l’immense chance qu’ils utilisent tous les 2 le logiciel qui est connecté à l’application de feeleat) et mon psy pouvait m’aider à comprendre mes difficultés à notre séance suivante.

Un jour, mon psy m’a dit « Ecoutez, c’est difficile et je vois bien que vous souffrez à l’idée de prendre du poids. Faisons un marché. Allons voir à xx kg ce que vous ressentez. Au pire, vous saurez exactement comment redescendre. »

Et j’ai trouvé ça hyper malin. Qu’est-ce que je perdais à « aller voir plus haut », puisque, oui, je savais exactement comment redescendre si ça n’allait pas. Je le savais bien puisque je l’avais déjà fait plusieurs fois.

100 exemples de repas complets pour retrouver des repères et reprendre goût à l’alimentation

Et petit à petit, j’ai avancé

Petit à petit donc, j’ai repris du poids. J’ai accepté de remanger de tout, de la viande délaissée depuis trop longtemps (et j’ai adoré), des féculents, des fruits, des légumes, des pâtisseries, du chocolat, des bonnes soupes l’hiver, du bon poisson grillé, bref, de tout, et petit à petit dans des quantités qui comblaient ma faim extrême.

Mon psy et mon diet ont continué à former « une team » autour de moi. Et petit à petit, j’ai même remarqué que j’avais moins besoin de les solliciter. Petit à petit, j’ai appris à me connaitre. Petit à petit, j’ai retrouvé de l’énergie. Petit à petit, j’ai arrêté de focaliser sur un chiffre et j’ai aimé acheté des vêtements plus larges, me maquiller, apprendre à respirer, à parler à mes proches dès que ça n’allait pas plutôt que de l’écrire à mes professionnels, et surtout, à me rappeler qu’au final, mon état psychologique et ma qualité de vie n’étaient pas pire à 50kg qu’à 35kg, même au contraire.

J’espère que ce témoignage vous aura été utile et que vous aussi, vous accepterez petit à petit que non, votre guérison ne dépend pas que d’un poids, même s’il en fait partie intégrante.

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