Je suis tombée dans les troubles alimentaires l’été 2012, à la sortie de mes études. Plus de fiches de révisions, de nez dans les bouquins, d’hyper-contrôle intellectuel, … c’est là alors que j’ai commencé à combler ce vide par le sport et la cuisine, tout en calculant le nombre de calories ingérées puis dépensées…

Parallèlement, toutes mes amies commençaient à être en couple. Je me suis retrouvée seule, beaucoup moins de sorties, de moments de partages entre filles. Là encore le vide, l’angoisse et la culpabilité de me retrouver seule face à moi-même « Une fille de mon âge n’est pas censée rester seule chez elle un samedi soir chez ses parents devant la tv ou au fond de son lit avec un bouquin !».

J’ai toujours été plus ou moins mal dans ma peau, fais des minis régimes qui tenaient quelques jours durant lesquels je me privais de goûter, mais ça ne durait jamais plus d’une semaine !

Cette fois, c’était différent !
Je me suis mise en tête que c’est en maigrissant que je pourrais enfin séduire ce bel inconnu que j’attendais tant !
L’engrenage était enclenché. Suppression du goûter, plus de sport, et les chiffres sur la balance ont commencé à s’envoler, trop facile en fait !
Mais comme personne ne le voyait, j’ai mis un coup d’accélérateur ! De moins en moins de matières grasses, de féculents, de fromage, des yaourts 0%, plus de petits plaisirs (chocolat, bonbons, glaces). Moi qui étais une grande gourmande, je me sentais tellement fière de voir que je pouvais, finalement, me passer de tous ces aliments qui, visiblement, étaient à l’origine de mon « surpoids » et qui me valaient les remarques pas toujours très agréables de mon entourage : « Et bien, on ne se prive de rien ! », « sacré coup de fourchette ! », …
Quelle fierté lorsqu’ils ont commencé à remarquer les premiers kilos envolés.

Le déclic, l’hospitalisation

Après 8 ans de galères, de très bas, de hauts et d’alternance, de sentiments que j’allais m’en sortir seule, de rdv psy, nutritionnistes, praticiens en médecines alternatives (hypnothérapeutes, naturopathes…) à tour de rôle, j’ai épuisé mes réserves d’énergie déjà très faibles.

Mon état de santé, la restriction alimentaire, les crises de boulimie commençaient à avoir un impact sur mon activité professionnelle. Activité qui me passionnait pourtant mais que je n’avais plus la force d’exercer, ni même plus l’envie. Sans parler de mon cœur qui était en très mauvais état et qui était à 2 doigts de me lâcher.
C’est là que j’ai tiré la sonnette d’alarme.

J’ai été prise en charge au centre d’addictologie de Nantes dans l’unité Salomé, spécialisée dans les Troubles du Comportement Alimentaire.
La liste d’attente est extrêmement longue et je mesure aujourd’hui la chance que j’ai eu de pouvoir avoir un suivi personnalisé là-bas pendant 2 mois complets (et d’ailleurs le suivi continue aujourd’hui à distance et grâce à l’hôpital de jour 1 journée par semaine !).

Chaque centre de soin est différent, mais me concernant, cette expérience est loin d’avoir été aussi traumatisante que ce que la majorité des gens s’imaginent.
Loin d’être isolées dans nos chambres, privées de téléphone et d’affaires personnelles, de visites, avec contrat de poids pour récupérer ces effets personnels… Tout au contraire.

Toutes les 3 semaines, je fixais un contrat avec le psychiatre de l’unité. Au-delà de la question du poids (bien qu’il y avait un objectif de poids à atteindre pour avoir le droit de sortir), nous fixions des objectifs personnels (par exemple « arrêter de me comparer aux autres », « prendre soin de moi », « accepter de voir mon corps changer », …).
Afin d’atteindre ces objectifs, nous devions choisir 3 médiations (Ecriture, sport doux accompagné d’un kiné/danse pour contrer l’hyperactivité physique, « Imaginaire » pour travailler les sens et la créativité, « balnéo » pour se détendre et se réapproprier ses sensations corporelles, « Rebond » pour se fixer des défis sur des aliments qui nous posent problème ou des manières de manger, « sophrologie »…).
Ces ateliers se déroulaient chacun une fois par semaine. Donc entre les repas (qui rythment quand même les journées et que nous prenons toutes ensemble en salle à manger), les ateliers, les entretiens individuels avec nos infirmières référentes pour travailler individuellement sur nos problématiques, les rendez-vous psy/médecin, les petites balades encadrées par un soignant dans l’enceinte du CHU 1 à 2 fois par jour pendant 15min, les réunions post-repas le midi avec une psy durant 15min, les ateliers diet’ 1 fois par semaine… les semaines passaient plutôt très vite.
Durant les temps « morts », nous avions nos affaires personnelles (livre, carnets, coloriages, mots croisés…). Nous avions aussi à disposition une salle créa’ ou nous pouvions nous réunir pour jouer, dessiner, peindre et une salle de « spa » avec un bain à remous si besoin de nous relaxer, le petit salon où nous nous retrouvions le soir avec les autres filles pour regarder la tv, …

L’hospitalisation, d’une durée moyenne de 2 mois, se déroule par étape avec plus ou moins de liberté au fil de l’eau (téléphone, sorties libres, …).

A lire : 
Ce que j’ai appris de moi grâce à Feeleat

Les bénéfices de cette hospitalisation

Cette hospitalisation a été une expérience médicale et humaine incroyable.

  • En sortant de ma routine, en étant contrainte de respecter des règles à table… j’ai compris ou étaient les symptômes de la maladie et qu’il y en avait beaucoup plus que ce que j’imaginais,
  • Etre accompagnée h24 par des personnes extérieures et donc totalement neutres. Car, honnêtement, mes parents ou mes amies avaient beau me dire même pas ¼ de ce que le personnel soignant pouvait me dire là-bas, je ne les écoutais pas, j’en faisais qu’à ma tête et leurs paroles, dictées par l’affectif, n’avaient pas le même impact sur moi !
  • Ne pas pouvoir vomir = sevrage aux crises. N’ayant pas accès à mes WC durant 1 mois, j’ai bien été obligée d’accepter les sensations inconfortables d’après repas, et finalement j’ai compris qu’elles finissaient toujours par passer, et même que la faim revenait toujours quoi qu’il arrive.
  • J’ai appris, avec l’aide de soignants, à poser des mots sur mes émotions, mes ressentis et à les exprimer autrement que par la nourriture,
  • J’ai repris confiance en moi. En étant forcée de manger des aliments qui me terrorisaient (oui j’en ai versé des larmes à table !!!), j’ai réalisé que j’étais capable de le faire, qu’il ne se passait rien de dramatique derrière, que je pouvais être et manger comme une personne normale et ça, ça fait du bien au moral et ça regonfle l’estime de soi !
  • J’ai aujourd’hui les clés en main pour continuer d’avancer,
  • Une reprise de quelques kilos m’a permis, déjà, de me sauver la vie,
  • J’ai pu renouer avec mes sensations corporelles,
  • J’ai stoppé l’hyperactivité physique. En étant contrainte d’être assise ou allongée h24 (là aussi j’en ai versé des larmes au début, moi qui courrais plus d1h au moins 3 fois par semaine en plus de la salle de sport, des abdos maison, des déplacements à pieds…), j’ai compris à quel point j’étais rendue dans l’hyperactivité, à quel point je me détruisais. Aujourd’hui un simple déplacement à pieds pour aller travailler ou faire une course, faire du rangement ou du ménage, quelques étirements ou une activité cardio intensive pendant 10min me suffisent amplement à me sentir bien.
  • Je crois que le mot que je retiendrais avant tout de cette hospitalisation c’est la LIBERTE ! J’ai retrouvé ma liberté. Je croyais être en sécurité dans ma « prison dorée » comme je l’appelle. Ces habitudes, rituels, ces aliments « conforts » que je m’imposais moi-même car, soi-disant, ils me rassuraient, finalement m’emprisonnaient plus qu’autre chose. Ils m’emprisonnaient dans de fausses croyances, m’emprisonnaient dans une spirale néfaste du toujours plus, du toujours moins, du toujours mieux, ils m’isolaient physiquement et mentalement de la vie, de ma famille, de mes amies… Une cage appelée « anorexie » qui m’emprisonnait plus qu’elle ne me sécurisait.

Et aujourd’hui ?

Je me sens mieux, beaucoup mieux.

J’ai plus d’énergie, des pensées plus claires et plus lucides, moins de pensées tournées vers l’alimentation. Je suis beaucoup moins irritable, plus présente dans ce que je fais, dans les conversations. Je ne suis plus stressée en permanence, je sens mon corps plus détendu, moins crispé. J’arrive à me poser et me relaxer.  Je n’ai plus froid constamment, plus l’envie de me cacher sous des vêtements amples, mais, au contraire, envie de me faire jolie. Plus je me fais/me sens jolie et plus la confiance en moi (re)vient.

Je sais que je ne suis pas guérie, l’hospitalisation n’a pas non plus pour prétention de pouvoir transformer littéralement les gens, elle apporte des outils à mettre en place à la sortie pour continuer à combattre (ou vivre avec) les symptômes. Mais, je ne me mens plus et je ne mens plus à mon entourage. Je suis consciente quand ça ne va pas et je suis capable de mettre en place les outils que j’ai pu tester là-bas pour ne pas rechuter et continuer d’aller de l’avant. Aujourd’hui je sais que ces outils fonctionnent et je peux compter sur eux pour ne pas replonger et c’est hyper rassurant.

A lire : 
Je veux manger comme une personne normale

Un dernier conseil

N’hésitez pas à demander de l’aide auprès de professionnels compétents et spécialisés dans les TCA, car SEULE ON NE S’EN SORT PAS ! Derrière le contenu de l’assiette il y a tout un travail sur soi, sur sa relation aux autres, au corps, au sport qui est à revoir et sans un œil extérieur pour vous poser les bonnes questions, pour appuyer là ou ça fait mal, on ne peu pas le faire seule.

 


#feeleatfamily

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