Faim, fringales, craquages, compulsions alimentaires, … Tout au long de notre journée, notre corps et notre esprit nous dictent des comportements alimentaires qui peuvent dévier vers des comportements compulsifs ou pathologiques.
Pourquoi, comment notre faim peut-elle se transformer en une maladie ?
Mme Sandrine Le Mazou, diététicienne nutritionniste spécialisée dans la prise en charge des troubles alimentaires nous explique les origines des grandes catégories des troubles alimentaires compulsifs.

3 origines possibles

Les comportements alimentaires compulsifs (fringales répétitives, craquages réguliers, comportements d’hyperphagie, boulimie) sont généralement issue de 3 manifestations biologiques ou émotionnelles :

  • La faim physique (biologique)
  • La faim émotionnelle
  • La volonté de contrôler son alimentation

Alors, explorons en détail ces trois origines. Elles sont intimement liées. En cas de trouble alimentaire, elles sont souvent plus ou moins présentes toutes les trois, à des degrés variables.

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La faim physique

Ou plutôt, comment le fait de ne pas répondre à sa faim physique peut provoquer des compulsions alimentaires.

Premièrement, revenons sur ce qu’est la faim physique. La faim physique est la faim des cellules, la faim biologique. Le corps réclame de l’énergie. Cette faim s’exprime au moyen d’une hormone, la ghréline, secretée principalement dans l’estomac – puis par des signes de faim dans le corps.

Ainsi, comment sait-on si l’on a faim? En observant ce que l’on ressent dans son corps : salivation, gorge sèche, sensation acide, tension ou vide dans l’estomac, gargouillis ou douleurs au ventre, etc… les signes de faim sont très variés, peuvent se ressentir partout dans le corps. Ils sont aussi très personnels et différents d’une personne à une autre.

Pourtant, parfois, il est difficile de ressentir sa faim ou d’aller à sa rencontre – et ce pour des raisons variées :

  • stress chronique
  • fatigue chronique
  • raisons psychologiques
  • raisons émotionnelles
  • volonté de contrôle exacerbée
  • sport intensif

Alors la faim est occultée. Oubliée. Laissée de côté.

Cependant, le corps, lui, n’oublie pas qu’il a faim… il va donc, sous des formes très variées, nous « forcer » à manger. Par exemple, il peut s’agir d’une faim urgente qui apparait d’une minute à l’autre et qu’il faut assouvir le plus rapidement possible avec ce que l’on a sous la main. Il peut s’agir de fringales intenses voire de compulsions d’aliments spécifiques. Il peut s’agir de réveils nocturnes (« night eating syndrome »).

Egalement, certaines carences en micro-nutriments comme des vitamines ou minéraux vont nous faire « craquer » sur des aliments spécifiques. Le corps sait ce dont il a besoin, mais nous ne l’écoutons pas forcément.

« Garde ton corps biologiquement nourris avec l’énergie adéquate, sinon tu peux déclencher un reflex primaire de sur-manger »

Evelyne Tribole

La faim émotionnelle

La seconde origine des compulsions alimentaires peut être la faim émotionnelle. La faim émotionnelle nous fait manger des aliments sucrés, salés ou gras… rarement de la salade verte ! Et pour cause, les aliments de réconfort ont une fonction spécifique : procurer du plaisir pour apaiser des émotions trop intenses.

La faim émotionnelle, c’est le fait d’avoir envie de manger, mais sans ressentir de faim physique. Elle s’exprime généralement :

  • en dehors des repas, sous forme d’une envie intense de manger.
  • au cours d’un repas, quand on n’a plus faim, mais que l’on continue de manger.

Ainsi, cette faim émotionnelle, ce sont parfois des repas gargantuesques. Parfois des fringales, des craquages, des boulimies de chocolat ou de bonbons. Parfois du fromage et du pain. Parfois des chips craquantes.

« Presque tout le monde peut manger en réponse à des émotions de temps en temps. Mais pour certains, ces déclencheurs émotionnels les submergent ».

Jean Kristeller, The Joy of Half a Cookie

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La volonté de contrôler son alimentation

Enfin, la troisième et dernière origine des compulsions alimentaires peut être la volonté de contrôler son alimentation, appelée « restriction cognitive » par les professionnels.

Cette volonté de tout contrôler est sournoise, car elle échappe souvent à notre conscience. Cette « restriction cognitive » est appelée « gendarme alimentaire » en alimentation intuitive *.

Or, ce « gendarme alimentaire » s’exprime à son aise dans les domaines suivants :

  • les régimes de restriction calorique
  • régimes dits de « rééquilibrage alimentaire »
  • l’alimentation dite « saine »
  • les articles de magazines, de blogs, des réseaux sociaux ou des médias sont « les bons et les mauvais aliments pour la santé ».
  • les applications type Yuka et malheureusement le Nutriscore (je ferais un article prochainement sur ces sujets).

Le « gendarme alimentaire » créé ainsi des bons et des mauvais alimentsPrivations et frustrations font ainsi leur apparition. A force d’écouter le « gendarme alimentaire », notre corps n’y trouve plus son compte. S’ensuivent les fringales, craquages et autres compulsions alimentaires.

« Le gendarme alimentaire contrôle des croyances alimentaires déraisonnables créées par les régimes »

Evelyne Tribole

Mais cela ne s’arrête pas là. Notre « gendarme alimentaire » créé également un bon et un mauvais mangeur, en portant des jugements sur ce que nous sommes, notre comportement, notre allure physique, nos compétences. Le monde devient noir et blanc. C’est bien ou c’est mal. Manger parfait ou imparfait. Etre bon ou mauvais.

Le « gendarme alimentaire » nous fait rapidement devenir une « mauvaise personne ». Une personne « incapable ». S’ensuivent ensuite les sentiments de culpabilité, voire de honte.

L’estime de soi prend également une grande claque : « tu n’es pas capable », « tu n’as aucune volonté », « tu n’y arriveras jamais ».

Au final, toutes ces émotions et sentiments de culpabilité et d’auto-critique vont alors venir alimenter la faim émotionnelle… et le cercle vicieux se met en place.

Ce dont mon corps a besoin

Pour conclure, dans ces trois origines, le corps (en y incluant la coeur) est détourné, oublié, ignoré. Les fringales, craquages et autres compulsions, c’est le corps qui s’exprime et qui met en place une stratégie de « perte de contrôle »pour obtenir ce dont il a besoin.

#cedontmoncorpsabesoin.

Comment y remédier?

Il est possible de trouver des éléments de réponse en écoutant son corps pour faire la paix avec son alimentation.

Ce travail est avant tout un chemin personnel, à l’aide d’outils et de professionnels spécialisés dans la prise en charge des troubles alimentaires.

Aussi, des études scientifiques sont disponibles et montrent l’efficacité de la Pleine Conscience et de l’alimentation intuitive sur les troubles alimentaires.

*The Intuitive Eating Workbook, Evelyn Tribole, Elyse Resch – Principle 4 : Challenge the Food Police. 

Sandrine Le Mazou est diététicienne-nutritionniste, instructrice Mindful Eating programme MB-EAT, à Lyon et en téléconsultations à distance.
https://www.savoureraupresent.com

 

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